Viva la Diva

Création 2010

Pièce de Hoda Barakat 
Mise en scène Nabil El Azan
Assistante à la mise en scène Carole Abboud
Scénographie et vidéo Ali Cherri
Lumières Rachel Aoun
Création sonore Nabil Saliba
Costumes Bechara Atallah
Coiffure/maquillage Bassam Hazim

avec                                                                                                
Randa Asmar


Lieux des représentations

Théâtre Babel. Beyrouth. 2010
Festival du théâtre arabe. Beyrouth. 2011
Théâtre de l’Université américaine. Dubaï. 2011
Club des Officiers. Abu Dhabi. 2011


Une production La Barraca, le théâtre monde. Avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France, la Mission Culturelle Française au Liban. Avec le concours de Culturesfrance, Al Mawred Al Thaqafy, la Fondation Samir Kassir et la Fondation Cedrona.
Partenaire officiel : Bank Audi SAL – Audi-Saradar Group.
Un événement Beyrouth Capitale Mondiale du Livre.

Écrite en arabe, la pièce est éditée à Dar Annahar. Beyrouth.


À propos de la pièce

Jeu de miroirs

Elle vient d’enterrer son père, n’a pas pleuré, n’a pas pu. Non qu’elle n’ait pas ressenti de chagrin. Ce n’est pas ça, c’est autre chose. Elle n’était pas trop fière au cimetière. Avec tous ces gens qui regardaient ses yeux secs. Pourtant ele a tout tenté. Elle y a mis tout son savoir faire. Mais rien, pas une larme. Elle a fini par se cacher derrière de grandes lunettes noires. Et sous son chapeau noir, comme toute grande comédienne. Car grande comédienne, elle l’est. À n’en pas douter. Tous ces rôles qu’elle a jadis joués ! Antigone, La Callas, Lear – si, si, même des rôles d’homme. Comme Sarah Bernardt ! Une diva, quoi ! Oui, d’accord, sauf que, toute diva qu’elle est, à la mort de son père, elle n’a pas pu, ni su, faire couler les larmes de son corps. Puis, des rôles, elle n’en a plus. Là-voilà en tout cas à plier bagages pour aller vivre au Canada. Pourquoi le Canada ? Et pourquoi pas le Canada ? Quand on vit au Liban, le Canada est une destination qui va de soi. C’est grand là-bas. Puis il y a des théâtres là-bas. De grands théâtres, beaucoup de grands théâtres. Alors qu’au Liban… Mais là, elle est où en fait ? Chez elle ou au théâtre ? Au Liban ou au théâtre ? Dans la fiction ou la réalité ? Dans le passé ou dans le présent ? Et le Liban, fiction ou réalité ? Et le chapeau, est-il noir ou rouge ?

Pour sa première pièce de théâtre, Hoda Barakat propose donc une comédie. « Une comédie noire » (selon la jolie formule d’Elias Khoury !) Comédie noire pour une tragédie rouge. Rouge comme le chapeau noir. Rire à défaut de pleurer ? Peut-être que les larmes finiront par jaillir. Le deuil par se faire !

Et Hoda Barakat de tisser patiemment le fil du récit, au gré d’une narration qui semble anémiée, flottante, comme provenant d’une mémoire trouée. Quoi de plus normal dès lors que le récit s’emmêle. Et les histoires, petites ou grandes, intimes ou collectives, vécues ou fantasmées, réelles ou théâtrales, de se croiser et se déliter, de s’imbriquer et se dissoudre, sans jamais cesser de se regarder. Résultat : un jeu de miroirs qui se réfléchissent à l’infini. Ainsi la femme qui parle (cette femme sans nom, sans deuil, sans rôles, sans espace), se confond avec ses reflets. Lesquels reflets s’incarnent en personnages du théâtre avant de s’évanouir dans ses limbes. À moins que ces reflets ne s’égaillent comme des ombres dans les méandres de la guerre du Liban. Pays malade de lui-même. Handicapé. Impotent !

Le fil de Hoda Barakat s’avère une toile d’araignée suspendue entre deux vides et qui nous engloutit.

Le douloureux miracle de Viva la diva tient dans cette mise en abîme où destin indviduel et destin d’une nation se composent et se dé-composent l’un par l’autre. Il tient aussi dans le délicieux vertige du jeu permanent entre ce qui est et son simulacre. Les choses et leur apparence.

Ce jeu-là, extrêmement théâtral, me séduit au plus haut point. Grand fan des errances du sens (oh le cinéma de David Lynch !), l’occasion est belle pour moi, avec Viva la diva, d’interroger la scène dans sa capacité à se coltiner le jeu trouble entre vrai et faux, réel et illusion, bref la matière même de la représentation théâtrale. Puis il s’agit une fois encore de mettre mon pays de naissance sur son lit de malade. Après Le fou d’Omar* , le tragique de la schyzophrénie et de l’identité éclatée, voilà Viva la diva, le comique de la mémoire qui flanche et de l’être en question, toujours – je crois qu’il y a un nom à ce mal, non ?

Post scriptum

Embarqué dans les profondeurs de l’œuvre, Je m’aperçois que je n’ai pas assez souligné l’importance de la pièce dans le paysage sinistré de l’écriture théâtrale arabe. À quel point son projet dramaturgique est cohérent, sa langue moderne et juste, et la place prépondérante qu’elle accorde à la femme arabe. Aussi, si j’ai l’honneur de porter sur scène la première œuvre dramatique de Hoda Barakat (en la remerciant humblement de sa confiance, je salue l’avènement d’une authentique auteure dramatique), j’ai le grand plaisir de retrouver Randa Asmar. Ce sera notre quatrième collaboration après Le renard du nord, Le collier d’Hélène et déjà cinq ans après L’émigré de Brisbane à Baalbeck. Telle que je la connais, Randa Asmar se jettera corps et âme dans la pièce. J’entends déjà ses éclats de rire, ses silences de doute et je recueille son enthousiasme communicatif. Je la dirigerai vers une sincérité de jeu absolu, cherchant un aspect d’elle peu connu du public : le comique. Elle jouera donc « la Femme», mais aussi les reflets de celle-ci et même la Souffleuse, ce mystérieux personnage imaginé par Hoda Barakat et qui donne la réplique à « La Femme » depuis son trou. Comment parler depuis le trou alors que Randa Asmar sera sur scène ? Ce sera un des défis que lance ce texte à la mise en scène et que j’entends relever dans une jouissance inquiète, en recourant, une fois encore, à la force de l’imaginaire.  Nabil El Azan

*Le fou d’Omar, d’après le roman de Abla Farhoud, création à Paris en 2008 et présentation au Tournseol, Beyrouth en janvier 2009.


Revue de presse (extraits)

Spectacle intense… Un très grand moment de théâtre… À couper le souffle… Magnifique… Randa Asmar exceptionnelle… Inoubliable… Salle en ovation… Des vivats et des bravos…  À ne rater sous aucun prétexte… L’une des plus belles pièces de ces dernières années... (la presse libanaise)


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