Quelqu’un va venir

Création 2006

Pièce de Jon Fosse                                                                                                                    Texte français Terje Sinding
Mise en scène Nabil El Azan
Assisté de Sara Sehnaoui et Alice Pourcher
Création sonore Zad Moultaka                                                                                           Lumières Philippe Lacombe

Avec

Thierry Belnet                                                                                                                           Frédéric Gustaedt                                                                                                                   Nathalie Pivain


Lieu des représentations

Le Gilgamesh Théâtre. Avignon OFF 2006


Une production La Barraca, avec le soutien de la Drac – Île de France, de l’ADAMI et de la Spedidam

L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté


Résumé

Une maison juchée sur les rochers. On y entend le ressac de la mer, le souffle du vent. Un couple, Elle et Lui, viennent s’y installer, loin des autres maisons et des autres gens. Dans cette maison, ils seront enfin seuls ensemble, seuls l’un près de l’autre. Soudain une étrange obsession envahit la jeune femme. Et si quelqu’un venait ? Quelqu’un va venir, elle en est de plus en plus sûre. Et quelqu’un vient immanquablement. Un homme, un voisin. Et il se glisse dans les espaces indécis des désirs et des fantasmes du couple.


Extrait d’un article de Maïa Bouteillet paru dans Le Matricule des Anges N° 030

Pièce d’une puissance essentielle, écrite au millimètre, à la manière d’une partition musicale, sur une trame très simple de deux cents mots à peine qui se répètent avec d’infimes variations. Tout se joue dans cet infime, dans l’espace ouvert entre les mots par la véhémence des répétitions(…) Plus les mots croient serrer au plus près la réalité, plus celle-ci glisse entre les lignes. Le doute s’insinue et laisse apparaître d’autres sens imprévus. Cette femme et cet homme qui viennent d’acheter une maison aux confins avec la mer pour horizon immense, afin d’être seuls tous les deux, c’est à la fois le bonheur absolu et l’horreur totale : la fusion, l’étouffement, la séparation d’avec les autres, le monde(…) Le ressac des phrases produit un effet d’hypnose métaphysique. C’est en cela particulièrement que Fosse est très proche de ces dramaturges du Nord de la fin du XIXe siècle, d’Ibsen évidemment mais également du Belge Maurice Maeterlinck. Un univers où l’espace humain est perméable à l’étrangeté, aux fantômes du passé, où la mort marque la vie des vivants. Cette maison-tombeau, où le lit défait garde encore les traces du corps de la grand-mère récemment morte, ce jeune homme un peu fou qui leur a vendu la maison autour de laquelle il vient rôder comme un revenant, ces coups frappés à la porte, tout cela évoque les phénomènes énigmatiques des pièces de Maeterlinck. Il y a dans la simplicité du vocabulaire quelque chose de premier. On a parlé d’Adam et Eve pour Quelqu’un va venir… Maïa Bouteillet


Notes de mise en scène

“l’intrigue ne réside pas dans l’action ni dans la progression et les conséquences de l’action, mais plus largement dans la révélation des âmes.  » F. Pessoa

Ombres et lumière

Je ne me rappelle pas si c’était sous forme tapuscrite ou déjà éditée, mais je me souviens bien en revanche que, la lecture achevée, je suis resté un peu plus d’une heure assis sans bouger, les yeux fixant le vide, dans une sorte d’ivresse hypnotique, conscient d’une seule chose : j’étais sous le coup d’une révélation.
Quelques jours plus tard, ayant lu et relu Quelqu’un va venir, mon enthousiasme raisonné, désormais convaincu qu’avec Jon Fosse une voix singulière était née au théâtre, ma décision était prise : j’allais créer cette pièce en France. C’était sans compter que Claude Régy avait déjà prévu de le faire la saison d’après aux Amandiers de Nanterre… Nous étions donc fin 98.
Je ne suis pas allé voir la création de Régy ni aucune autre mise en scène de Quelqu’un va venir, comme si, à mon insu, le désir de me coltiner un jour cette pièce s’était niché en moi et que ce désir voulait se préserver de celui des autres… En revanche j’ai suivi Jon Fosse de près, dans ses écrits dramatiques et romanesques – Ah, Melancholia 2, ce petit récit proprement bouleversant ! Et d’une oeuvre l’autre, j’ai toujours constaté la même force poétique qui nous entraîne, mine de rien, vers ces régions obscures de l’être où conscient et inconscient se diluent, rêve et réalité se lovent et où angoisses et désirs ne font qu’un. Jon Fosse nous emmène là où ça parle, intimement, là où ça parle, vraiment, et qui ne se confond ni avec ce que ça dit, ni avec ce que ça raconte. Pas étonnant donc que la parole que Jon Fosse nous donne à entendre ait quelque chose d’inouï. Rare, répétitive, lacunaire, obsessionnelle et si peu assurée, c’est une parole qui ne sait pas. Pas étonnant non plus qu’elle bruisse d’étranges et familiers échos, ni qu’elle recèle de trésors de lumières.

Ce sont ces régions obscures de l’être que j’explore et c’est cette parole-là que je tente de saisir, jusque dans ses silences. Pas besoin de décor donc, ni de mobilier d’aucune sorte. Juste un plateau nu, un éclairage géométrique, quelques sons venant d’ailleurs et 3 acteurs qui savent que pour interpréter les personnages de Jon Fosse, il faut savoir d’abord laisser venir en soi une langue, puis lui donner chair. Sa chair. S’agit-il d’autre chose que de chair en fin de compte ? Nabil El Azan

Revue de presse (extraits)

FRANCE CULTURE  « A l’extérieur du In, le Festival Off propose des spectacles de qualité que nous vous recommandons, comme Quelqu’un va venir de Jon Fosse, par la Compagnie La Barraca ».

20 MINUTES – MARSEILLE GUIDE  Une vision terrifiante du couple et par le dramaturge norvégien Jon Fosse. Elle et Lui ont acheté une maison isolée, pour enfin vivre seuls ensemble. mais la certitude que quelqu’un va venir envahit la femme. La langue musicalede Fosse hypnotise, ressasse des mots simples et crée une atmosphèreétrange voire dérangeante. La mise en scène de Nabil El Azan canalise, grâce au jeu des comédiens, la face sombre du bonheur absolu.

WWW.RUEDUTHEATRE.INFO Tout l’art de l’écriture est d’inquiéter sans raison palpable, de suggérer un éventuel drame. Les comédiens Nathalie Pivain et Frédéric Gustaedt poussent le jeu au maximum. Ils déambulent l’air absent et débitent leur texte lentement, chaque mot bien articulé. Ils excellent à nous faire douter. On ne parvient pas à savoir s’ils sont seulement un peu robotisés ou si leur curieuse attitude cache une folie plus profonde. Quant au visiteur, Thierry Belnet, son rire tonitrue avec des accents inquiétants et son sourire reflète un indéfinissable malaise. La mise en scène, signée Nabil El Azan, trace un espace confiné. Le plateau est nu seulement habillé d’un éclairage géométrique qui laisse apparaître les ombres des personnages. Une interprétation envoûtante, dérangeante de ce texte où les mots défilent avec langueur, réduits à leur essence première.

 L’HEBDO VAUCLUSE (LE CONTADIN) Amateur de théâtre-confort, passe ton chemin. Amateur de théâtre, pousse la porte.Jon Fosse nous entraîne sur les pas d’un couple réduit à se survivre qui cherche à s’isoler, pour être « seuls ensemble, l’un près de l’autre. » C’est pourquoi ils ont acheté cette maison perdue au bord de la mer, délabrée, comme leur couple, mais quelqu’un va venir, quelqu’un qui rôde et frappe à la porte, l’ancien propriétaire, la vie même.

Des comédiens qui se meuvent lentement, parlent comme au ralenti, aux émotions présentes mais lointaines, amorties, un décor vide, des espaces dessinés au projecteur, des personnages dont on ne voit parfois que les ombres sur toile de fond, un visiteur « normal », dans la réalité, au rire parfois inquiétant dans ce contexte.
Une tragédie envoûtante admirablement servie par Nabil El Azan et ses comédiens, Nathalie Pivain, Frédéric Gustaedt et Thierry Belnet.


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