Fada rive droite

Création 2009

Divertissement africain à trois fins de Arezki Mellal
mise en scène Nabil El Azan
assisté de Baptiste Kubich

Avec

Jean-Baptiste Anoumon
Frédéric Kontogom
Nina Nkundwa
et
Dramane Dembélé (musique sur scène)


Lieux des représentations

Théâtre Gilgamesh. Avignon Off. 2009
Espace Pierre Bel. La Valette du Var. 2011
Transversales. Scène nationale de Verdun. 2011
L’Allan. Scène nationale de Montbéliard. 2011
Théâtre Firmin Gémier-la Piscine. Antony. 2011
Théâtre de Poissy. 2011


Production La Barraca, avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France de l’ADAMI et de la SPEDIDAM


La pièce vue par son auteur

Ça se passe sur la rive droite trois carrés après le pont. Ils sont rappeurs, ils sont rastas, après le boulot ils fument, boivent, chantent et dansent au fada et dorment au ghetto. Ils attendent, ils imaginent, la bonne combine pour foutre le camp et s’installer en Europe, en Amérique. La vraie combine, pas celle utilisée par leurs copains tous morts ou disparus sur les routes du désert et de la mer.

Ça se passe dans l’un de ces pays classés au plus bas de l’échelle de la civilisation du monde, en Afrique. Pays, bien sûr, grand producteur d’or, d’uranium, de pétrole. Il est gouverné, bien sûr par de féroces dirigeants magouilleurs qu’on aurait cru, bien sûr, tout droit sortis de chez Labou Tansi ou Kourouma s’ils n’étaient des guignols, jouets de Grand Père Noël qui est peut-être le président du FMI, de la Commission Européenne, de la République Française, ou on ne sait quelle autre grande démocratie. Ou tous à la fois, simplement. Allez faire la différence !

Dans cette histoire, il y a un grand malheur : ça ne se passe plus comme d’habitude ! Les petits pères noëls conduisant des caravanes pour les affamés ne serviront à plus rien. Le cycle pillage-répression-famine humanitaire est définitivement interrompu. Définitivement, car des millions de migrants clandestins, franchissant les mers et les déserts, bravant mitrailleuses et napalm, déferlent sur l’Europe.

C’était la bonne combine trouvée au fada de la rive droite. Arezki Mellal


Quelques notes de mise en scène

Ils sont là, trois jeunes gens, à attendre que quelque chose leur tombe sur la tête. Pour vaincre l’ennui, la misère, l’attente même ! D’autres avant eux avaient aussi attendu un signe du ciel, non ? Godot n’est pas loin, en effet. Sauf qu’il n’y a pas de métaphysique ni d’existentialisme ici. Ici il il faut d’abord exister. Les temps changent. Les rêves pas. Pour exister ici, faut filer, loin, dans cet Occident aux vertus blanches, ce paradis sur terre ! Filer, Dragon rouge, Lucifer et Love suprême en sont d’accord. Mais pas à n’importe quel prix. Ils n’ont pas l’intention de se transformer en chair à requins, eux, ou en un chiffre de plus dans le compte des clandestins disparus. Clandestins oui, mais en vie. En attendant, eh bien en attendant, on garde l’esprit « high », on danse, on chante, et surtout on parle. Car, quand on a été dépossédé de tout, on a encore la parole, son pouvoir de nommer le mal, d’en rire, de brouiller les couleurs, et, l’espace d’un instant, de faire la nique au destin.

Avant d’être une histoire, la pièce d’Arezki Mellal est une langue libre, rythmée, parfois inventée, qui swingue et tangue, rappe et cogne. Les histoires giclent. Histoires de magouilles et de magouilleurs, sans loi ni cœur. Un conte des mille et une nuits, ce Fada au verbe haut en couleurs, riche en imaginaires. D’où l’importance que j’accorderai à ce verbe. Aussi, je débarrasse la scène de tous ses artifices. Pas d’esthétique ici, de décor ou de jeux de lumière. Rien que le matériau brut, la langue de Mellal et son corps à corps avec les acteurs, et la musique de Dramane Dembélé. Celui-ci, sommé à son tour de raconter, avec ses outils, ses instruments de là-bas, d’ici, fait résonner sur scène l’Afrique, ses couleurs, ses joies, ses lumières.
On l’a compris, c’est à une fête du théâtre d’aujourd’hui que je conduis Fada rive droite, en espérant que la douleur qui hante le texte se lira par défaut, par excès d’ivresse. Histoire de vide et de plein, toujours, et de sablier renversé.

Un dernier mot sur cette création qui me pousse plus loin encore dans la dimension plurielle de mes choix artistiques fondés sur l’altérité. Après « Le Fou d’Omar » (où j’étais face à une équipe d’acteurs français, québecois et libanais) et « Le collier d’Hélène » (où je réunissais Français et Palestiniens), voici « Fada rive droite » où je me confronte à l’Africain. C’est mon premier face à face avec l’Autre « noir ». La scène en sortira sûrement bouleversée. Dans le bon sens du terme, je l’espère. Nabil El Azan


Revue de presse (extraits)

ARTE – Coup de cœur !  Des acteurs généreux qui nous offrent une prestation magnifique, accompagnés d’une pointure de la musique africaine, Dramane Dembélé.

LES TROIS COUPS  Un spectacle beau, joyeux et profond… L’entente de l’équipe et son plaisir de jouer ensemble est presque palpable… et cette joie est transmise au spectateur avec toute sa puissance de vie.

LA TERRASSE   Un beau texe d‘Arezki Mellal que Nabil El Azan met en scène avec gourmandise et jubilation.  

RFI   Une pièce énergique qui prend à partie les spectateurs conviés à la fin du spectacle pour une danse pleine de vie, une manière de conjurer la mort.   (+reportage)

THEATREDUBLOG  La pièce d’Arezki Mellal est d’autant plus gaie qu’elle ne ment jamais, que chacun en prend pour son grade, et son fait, et qu’elle ne console de rien. Mieux que ça : à toute vitesse et sans passer sur rien, elle avance, en une langue dansée, rythmée, vers une réjouissante lucidité. Toujours cette question : qu’est-ce qu’on applaudit ? On applaudit la danse, on danse, et puis on se tait, on sait que tout ne finit pas par des chansons. On a  compris quelque chose du monde, ensemble, et on applaudit. Au Fada, le théâtre populaire se porte bien.                             

PHILIPPE.TEAMTRAJECTOIRE.OVER-BLOG.COM Ca bouge, ça crie, ça chante, ça danse, ça parle, ça te prend aux tripes, ça s’adresse à ta tête, c’est plein de vie, ça parle de la vie, ça rape, c’est l’Afrique, c’est du voyage… Wahouuuuuu ça remue…. 3 acteurs, 1 musicien-chanteur… 1 comédienne  impressionnante  de vie, on a la vie sur scène… Incroyable. Un spectacle qui est encore présent très longtemps dans la tête.

L’ORIENT – LE JOUR  (Aline GEMAYEL) Fada Rive droite parle d’Afrique, d’exode, de corruption, de pillage, etc. Mais attention, on n’y trouvera pas trace de misérabilisme ou de complainte.  Pendant 75 minutes, le spectateur est invité, au son de la cora, du djembé et des flûtes africaines (magnifique Dramane Dembélé), à entrer dans une danse endiablée, passant du rire à la consternation, de la fête à une mélancolie tenace.   Et l’on sort de « Fada… » la tête en fête… Mais avec au fond du cœur un sentiment terrible d’impuissance.                                                      À écouter l’écriture de l’Algérien Arezki Mellal – rageuse comme un rap, chantante comme une douce fable, résolument libre -, on ne peut qu’être heureux que quelques immigrés « faminés » aient réussi à « exoder ». Et l’on est immanquablement « coléré » contre tous ces murs érigés en frontières…


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